campagne de poilu

Vous connaissez l’unité d’un soldat, comme l’officier du 262e régiment d’infanterie (RI) Ernest Barbu,  et voulez savoir où il se trouvait en avril 1915 ou en juin 1916 ? Vous désirez découvrir l’identité de ceux qui combattaient à ses côtés ? Une fois consultés le registre matricule et la base des Morts pour la France de la Première Guerre mondiale, deux documents peuvent vous aider à en savoir plus : les journaux des unités engagées dans la Première Guerre mondiale et les historiques régimentaires.

Les historiques régimentaires sont des ouvrages synthétiques, rédigés après la guerre, sur instruction du ministère de la Guerre et de l’état-major des armées. Ces récits ont pour but de narrer brièvement les campagnes des unités, d’exalter leurs exploits, de lister les soldats tués au combat… Ils sont consultables sur les bibliothèques numériques Gallica et l’Argonnaute. Pour pouvoir les lire, il suffit d’indiquer le numéro et le type de régiment recherché dans le formulaire de recherche du site Mémoire des hommes, qui vous donne en réponse le lien pour consulter le document[1] s’il est disponible en ligne.

L’historique régimentaire du 262e RI, à découvrir sur l’Argonnaute, nous apprend ainsi que le régiment d’Ernest Barbu a connu son baptême du feu le 27 août 1914 dans le village de Sailly-Saillisel, dans la Somme. C’est durant ce combat que le soldat dionysien a été blessé pour la première fois. Mais la guerre, ce n’est pas seulement être en première ligne. Quelques pages plus loin, on découvre ainsi que son régiment a cantonné durant une dizaine de jours au camp de Crèvecœur (Seine-et-Marne) en février 1916 pour étudier les nouveaux moyens de liaison « avec l’artillerie, la saucisse[2], l’avion : T.P.S.[3], T.S.F., etc. »[4]. On apprend aussi que le rôle de l’unité évolue au fil des années : à partir de février 1918, les hommes du 262e RI sont à regret mis à la disposition de l’artillerie d’assaut : « L’accompagnement des chars d’assaut ne nous dit rien qui vaille. Ces monstres attirent les obus »[5], protestent-ils. Mais les historiques régimentaires n’ont que quelques dizaines de pages pour raconter quatre ans de guerre. Ils ne peuvent pas faire un récit très précis.

 

Pour obtenir davantage de détails, en savoir plus sur la composition d’une unité, d’autres documents peuvent être d’une grande richesse : les journaux de marche et opérations (JMO). S’ils ont été bien tenus, ils racontent, au fil des jours, les événements marquants de la vie d’un régiment. Certains ont malheureusement disparu : les journaux de marche de l’aéronautique, par exemple, ont été détruits au cours de la Seconde Guerre mondiale. Mais l’ensemble des JMO conservés a été numérisé et mis en ligne sur le site Mémoire des hommes. En parcourant l’inventaire de recherche, on découvre que les JMO disponibles sur internet couvrent presque toute la guerre, du 5 août 1914 au 21 mars 1918. Ils permettent de mieux connaître le contexte dans lequel Ernest Barbu combat, d’en apprendre davantage sur ses camarades de régiment. On y découvre par exemple qu’au 5 août 1914, date de son départ de Lorient pour Paris en train, le régiment d’Ernest Barbu comporte 2173 sous-officiers et hommes de troupes, mais seulement 120 chevaux. On y lit aussi dans quelles circonstances le soldat d’origine bretonne est blessé deux ans plus tard, le 4 septembre 1916 : « La 19e compagnie, dépassant la tranchée du Taureau, atteint la tranchée de la Valse : le sous-lieutenant Barbu [commandant] la compagnie est atteint d’une balle à l’épaule, le sous-lieutenant Vinot est blessé par un éclat d’obus à la cuisse. Les Boches accourant du bois de Deniécourt et des casemates du 5012 contre-attaquent vigoureusement. » On peut même trouver dans le JMO des cartes représentant la zone du combat et l’évolution des positions du régiment au fil des jours.

Les historiques régimentaires et les JMO sont donc des outils indispensables pour mieux connaître la campagne de 1914-1918 vécue par les soldats d’une unité. Ils contiennent de nombreuses anecdotes, mais ne mentionnent qu’occasionnellement les récompenses obtenues durant la guerre : fourragères, citations, Légion d’honneur, médailles.

Où et comment en apprendre davantage sur les distinctions d’Ernest Barbu ?

 

[1] Les liens vers les historiques régimentaires mis en ligne sur la bibliothèque numérique l’Argonnaute n’ont cependant pas tous été mis à jour. Il est parfois nécessaire d’éplucher le catalogue de celle-ci pour trouver le document recherché.

[2] La « saucisse » est le nom donné par les soldats aux aérostats, les ballons employés par l’armée.

[3] La transmission ou télégraphie par le sol (TPS) est un moyen de liaison à courte distance (3 km environ). Elle utilise un fil de terre, plus solide et moins exposé qu’une ligne téléphonique qui risque d’être coupée par les bombardements.

[4] Historique du 262e Régiment d’Infanterie, Paris, 1921, p. 24.

[5] Historique du 262e Régiment d’Infanterie, Paris, 1921, p. 36.